Sommet UE : Manifestations des Agriculteurs Met en Lumière les Divisions sur l’Accord Mercosur
Le sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UE, réuni les 18 et 19 décembre 2025 à Bruxelles, est marqué par de vives tensions autour de l’accord commercial avec le Mercosur, bloc sud-américain incluant Brésil et Argentine. Environ 7000 agriculteurs ont manifesté dans les rues, lançant des pommes de terre et des pierres sur la police belge, tandis que la France, l’Italie, la Pologne, la Hongrie, la Belgique, l’Irlande et l’Autriche s’opposent à une signature immédiate. Négocié pendant 25 ans et politiquement finalisé en décembre 2024, cet accord élimine les droits de douane sur 91% des exportations européennes vers un marché de 750 millions de consommateurs, mais soulève des craintes d’inondation du marché par la viande et le soja sud-américains.
Contexte et Déroulement des Manifestations
Les agriculteurs, regroupés sous l’égide de Copa-Cogeca avec plus de 40 organisations européennes, ont envahi Bruxelles avec klaxons, feux d’artifice et pétards, protestant contre une concurrence déloyale perçue. Cette mobilisation coïncide avec le sommet, où la ratification de l’accord UE-Mercosur est en jeu, nécessitant l’approbation de 15 des 27 États membres.
Chronologie des Négociations
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Juin 2020 : Accord politique initial sur les aspects associatifs.
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Décembre 2024 : Finalisation commerciale après 25 ans de discussions.
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Septembre 2025 : Soumission des textes au Conseil pour signature.
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Décembre 2025 : Prévu pour signature le 20 décembre à Foz do Iguaçu, mais reporté par oppositions.
L’UE est le deuxième partenaire commercial du Mercosur (57 milliards d’euros d’exportations en 2024), couvrant 25% des échanges de services (29 milliards en 2023).
Détails Économiques de l’Accord Mercosur
L’accord prévoit la suppression des tarifs douaniers sur la majorité des produits européens, générant des économies annuelles de 4 à 4,5 milliards d’euros pour les entreprises de l’UE, notamment dans l’automobile, les produits chimiques, les machines, le vin et le fromage. Une clause de gel maintient les tarifs résiduels, avec application provisoire possible via un accord intérimaire.
Mesures de Protection Récentes
Une loi européenne adoptée récemment permet à la Commission de suspendre les importations agricoles menaçantes et de créer un fonds de soutien de 1 milliard d’euros pour les agriculteurs. Des protocoles additionnels pourraient offrir des garanties sans rouvrir les négociations, selon les diplomates européens.
Déclarations des Dirigeants Européens
Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, défend l’accord comme “le premier d’une série” pour renforcer le poids géoéconomique de l’UE face à des adversaires comme Poutine. Friedrich Merz, chancelier allemand, insiste : “Pour rester crédible en politique commerciale mondiale, l’UE doit décider maintenant”.
Emmanuel Macron, président français, tempère : “Nous ne sommes pas prêts ; les chiffres ne s’additionnent pas pour signer.” Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva menace de rompre si pas de feu vert européen. La Commission européenne qualifie l’accord de “test de crédibilité”, bénéfique pour agriculteurs, constructeurs auto et industries manufacturières.
Positions des Pays et du Lobby Agricole
La France, l’Italie, la Pologne et la Hongrie exigent un ajournement, craignant une submersion de bœuf et de soja sud-américains aux normes inférieures. La Belgique, l’Irlande et l’Autriche sont ouvertes à un report, évitant potentiellement une minorité de blocage (quatre pays représentant 35% de la population UE). Fredrik Persson, président de BusinessEurope, plaide : “Investissement stratégique… impossible d’hésiter”.
Les agriculteurs polonais affirment : “Mercosur est mauvais pour tous les pays de l’UE.” Un habitant de Bruxelles, résident de longue date, juge les protestations “justifiées” en raison des doutes sur la qualité alimentaire importée.
Enjeux Géopolitiques et Économiques
Ursula von der Leyen mise sur cet accord pour diversifier les échanges face aux tariffs protectionnistes de Donald Trump, réélu en 2024. Ratification mixte (nationale et européenne) complique le processus, avec besoin de traductions et révisions légales. L’Italie, pivot clé, fait l’objet de pressions pour un ralliement.
Économiquement, l’accord ouvre un marché géant mais expose l’agriculture européenne. Des analystes notent des obstacles juridiques persistants, rendant l’application provisoire incertaine.
Perspectives pour le Sommet et Au-Delà
Le sommet pourrait reporter la décision à 2026, Ursula von der Leyen renonçant à son voyage au Brésil. Succès dépend de garanties agricoles additionnelles. Copa-Cogeca alerte sur une concurrence déloyale, tandis que les lobbies industriels vantent l’accès aux matières premières et aux PME.
Cette crise illustre les fractures internes de l’UE : protectionnisme agricole versus ouverture commerciale. Sans consensus, l’accord risque l’échec, affaiblissant la crédibilité européenne en pleine ère trumpienne.
