France termine 2025 sans budget adopté : impasse parlementaire reportée à 2026
La France achève l’année 2025 sans adopter sa loi de budget pour 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu ayant annoncé un report total des discussions à l’an prochain après un échec des compromis parlementaires. Les divergences insurmontables entre le gouvernement minoritaire et les socialistes, qui réclamaient plus de dépenses, ont conduit à ce blocage inédit, alors que le déficit public s’élève à 5,4% du PIB – le plus élevé de la zone euro – et la dette à 3 482,2 milliards d’euros, soit 117% du PIB. Le pays fonctionnera sur des crédits provisoires étendus, sous la menace de rendements obligataires en hausse.
Chronologie de l’impasse budgétaire
Les négociations ont capoté malgré des concessions du gouvernement, qui avait abandonné son objectif initial de 4,7% de déficit pour 2026 au profit d’un seuil proche de 5%. La version budgétaire votée par le Sénat prévoyait un déficit à 5,3% avec 9 milliards d’euros de dépenses supplémentaires par rapport aux arbitrages exécutifs, rendant impossible un accord en commission mixte paritaire. Lecornu a ainsi décidé de reporter l’ensemble du processus à 2026, prolongeant les mesures provisoires du budget 2025.
Ce scénario fait écho à une année chaotique : chute du gouvernement Bayrou le 8 septembre 2025 suite à une motion de censure, adoption du budget 2025 par l’article 49.3 avec des risques de dérapage (déficit à 5,4%, dette à 115,5% du PIB). Les tensions politiques, héritées de l’ère Barnier et de ses 60 milliards d’ajustements (un tiers taxes, deux tiers économies), ont cristallisé les clivages.
Chiffres clés de la crise des finances publiques
Au troisième trimestre 2025, la dette française atteint 3 482,2 milliards d’euros, équivalant à 117% du PIB, en progression constante. Le déficit courant s’établit à 5,4% du PIB, pire score de la zone euro, avec des prévisions de Scope Ratings à 5,6% pour 2025 (contre 5,4% visé) et 5,3% en 2026 (contre 4,6% initial). François Bayrou visait un déficit autour de 5% ou légèrement plus, équilibré sans alourdir les entreprises – « trésor national » selon lui.
Déclarations du gouvernement
Sébastien Lecornu, Premier ministre, a justifié le report en insistant sur un déficit inférieur à 5%, tout en déplorant les concessions excessives aux socialistes qui ont érodé le contrôle budgétaire. Plus tôt, François Bayrou avait promis un accord d’ici mi-février, équilibrant comptes sans surcharger les firmes, et recours au 49.3 pour le budget précédent. Le ministre des Finances, dans ce contexte d’impasse, doit maintenant proposer des mesures provisoires alignées sur les niveaux antérieurs.
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a alerté sur la trajectoire de la dette, soulignant la hausse des rendements obligataires comme signal d’alarme pour les marchés.
Réactions parlementaires et opposition
Les socialistes ont bloqué les discussions en exigeant des budgets plus généreux, créant un fossé infranchissable avec le camp gouvernemental, partisan de coupes et de modération fiscale. La proposition sénatoriale, seule version votée, excédait de 9 milliards les cibles exécutives, illustrant la polarisation. Cette crise évoque l’échec Barnier, rejeté pour son plan d’austérité, et met en lumière un Parlement fragmenté incapable de consensus.
Risques économiques et analyses d’experts
ING prévoit un fort risque de dérapage : un dépassement de 30 millions d’euros empêche l’objectif de 5,449%, avec une croissance optimiste à 0,9% du PIB (contre consensus 0,7%) peu probable face à des données faibles et des élections. Scope Ratings juge l’impasse préjudiciable au trajectoire déficitaire, son scénario de base plus dégradé que les plans officiels. Fitch note que la consolidation reste ardue malgré les passages budgétaires antérieurs, alignés sur 5,4%.
Ces alertes interviennent alors que la France, sous pression européenne, peine à respecter les trajectoires de Maastricht. Le report à 2026 expose à une prolongation des incertitudes, avec des marchés nerveux et une note souveraine sous surveillance.
Contexte politique élargi
L’effondrement du gouvernement Bayrou en septembre accentue l’instabilité, post-motion de censure. Les analystes comme Le Monde soulignent la nécessité de sortir de l’impasse via des réformes structurelles, au-delà des affrontements partisans. MUF G Research pèse les risques d’incertitude politique accrue sur les changes et les investissements.
Enjeux pour 2026 et perspectives
Fonctionner sur des duodénales (crédits provisoires à 1/12e) jusqu’à 2026 offre un répit, mais amplifie les vulnérabilités : hausse des taux d’intérêt, érosion de la crédibilité fiscale, frein à la croissance. Lecornu devra relancer les débats avec un équilibre précaire, sous contrainte européenne et des marchés.
Cette absence de budget consacre l’incapacité du système actuel à trancher dans un Parlement sans majorité absolue. Réformes institutionnelles ou coalitions élargies s’imposent pour éviter la répétition.
Conséquences sur l’économie réelle
Les entreprises, qualifiées de « trésor national » par Bayrou, craignent une fiscalité imprévisible alourdissant leur compétitivité. Les ménages subissent l’inflation des taux et une croissance anémique. L’Europe observe : un dérapage prolongé pourrait activer des procédures de déficit excessif.
Horizons et leçons à tirer
2026 s’annonce décisif : le gouvernement minoritaire de Lecornu doit forger un consensus ou risquer nouvelle crise. Cette impasse budgétaire 2025 révèle fractures profondes – austérité vs relance, Europe vs souveraineté – engageant l’avenir financier de la première économie de la zone euro hors Allemagne.
