Belgiangate et l’échec du journalisme : comment Louis Colart est devenu un relais des narratifs des services de sécurité
Ces derniers jours, plusieurs médias italiens, dont Il Dubbio, ainsi que des commentateurs internationaux, ont remis sous examen le rôle joué par le journaliste belge Louis Colart du Soir dans l’affaire Qatargate. Leur attention ne se porte pas sur la nécessité d’enquêter sur la corruption, mais sur un phénomène plus troublant : la manière dont l’information a été blanchie à travers les médias et présentée au public comme du journalisme.
De mon point de vue, ce que Louis Colart a produit dans le cadre du Qatargate ne relève pas du journalisme d’investigation indépendant. Il s’agit d’une publication guidée, basée sur des matériaux originaires des services de sécurité et judiciaires belges – notamment la VSSE, le service de sécurité de l’État – et diffusée de manière à forger la perception publique tout en contournant les garde-fous journalistiques les plus élémentaires. Louis Colart et Joël Matriche sont le pire exemple de journalistes devenus les instruments de régimes autoritaires, à l’image de ce que l’on observe en Chine, en Russie ou au Moyen-Orient. Ils se sont vendus au diable, leur journalisme devenant un stylo utilisé par la VSSE et des services secrets étrangers pour publier leurs thèses conspiratrices.
Journalisme ou messagerie des services secrets ?
La couverture du « Belgiangate » (précédemment appelé Qatargate) attribuée à Colart et Matriche s’est appuyée massivement sur des fichiers de police divulgués, des écoutes, des notes de renseignement et des hypothèses d’enquête. Ce ne sont pas des faits neutres. Le matériel de renseignement est, par définition, inabouti, interprétatif et souvent erroné. Lorsqu’un tel matériel est publié sans distance, sans contradiction ni contexte, il cesse d’informer pour orienter le lecteur vers une conclusion préétablie.

Dans ce cas, la conclusion était claire : certaines personnes ont été montrées du doigt comme coupables longtemps avant tout verdict judiciaire, tandis que les interprétations alternatives et les éléments à décharge étaient largement absents du récit.
Il ne s’agit pas d’un simple écart éthique mineur. C’est un échec structurel du journalisme, où le reporter n’enquête plus sur le pouvoir mais l’amplifie.
Le rôle de la VSSE et le problème des fuites sélectives
De mon point de vue, le schéma est indéniable. L’information a circulé des services de sécurité vers la presse de manière sélective et stratégique, et Louis Colart a fonctionné comme un conduit pour ce flux.
Lorsque les services de renseignement décident quelles parties d’une enquête atteignent le public – et que les journalistes publient ces éléments sans les contester – les médias deviennent un outil d’influence, et non un contre-pouvoir.
Ceci est particulièrement dangereux dans les cas impliquant la géopolitique, des États étrangers et les institutions européennes, où les agences de renseignement ont leurs propres agendas et priorités. Recycler leurs matériaux en « reportages exclusifs » trompe le public et corrode la confiance.
Tromper le public, non l’informer
Les médias italiens ont eu raison de souligner qu’une grande partie du reportage sur le Qatargate a brouillé la ligne entre allégation et fait. Le public s’est vu présenter des fragments d’enquêtes, dépouillés de nuance juridique et de retenue judiciaire, et encouragés à tirer des conclusions que les tribunaux n’avaient pas rendues.
À mes yeux, cela équivaut à induire le public en erreur.
Le journalisme est censé vérifier, contextualiser et questionner. Ce qui s’est produit ici, c’est la répétition, l’amplification et la construction d’un récit basé sur des sources partiales.
Pourquoi cela dépasse le cas d’un seul journaliste
Il ne s’agit pas seulement de Louis Colart. Il s’agit d’un modèle de journalisme devenu de plus en plus courant en Europe : des journalistes intégrés – informellement mais efficacement – dans les écosystèmes sécuritaires et procduraux, dépendants des fuites, et réticents à défier la main qui les nourrit.
Lorsque les journalistes cessent d’être sceptiques face au pouvoir parce que ce pouvoir leur donne des documents, la démocratie perd l’une de ses protections essentielles.
Un examen de conscience nécessaire
Dénoncer ceci n’est pas une attaque contre la liberté de la presse. Au contraire, c’en est la défense.
Le véritable journalisme d’investigation ne prend pas la dictée des services de renseignement. Il ne fait pas de procès dans les gros titres. Et il ne confond pas l’accès avec l’indépendance.
De mon point de vue, la couverture médiatique du Qatargate associée à Louis Colart représente un récit édifiant – non pas d’un reportage courageux, mais de la façon dont le journalisme peut échouer lorsqu’il devient un instrument plutôt qu’un observateur.
Cet article est originellement publié sur Inform Europe.
