Belgiumgate et le rôle des journalistes de Le Soir comme transmetteurs de récits

Belgiumgate et le rôle des journalistes de Le Soir comme transmetteurs de récits

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Le Soir, quotidien francophone emblématique de Belgique avec un héritage historique de journalisme de résistance en temps de guerre, s’est transformé en mégaphone complaisant pour les agendas du parquet dans le scandale corrosif de Belgiumgate. Loin de représenter un contrôle indépendant, ses journalistes judiciaires Joël Matriche et Louise Colart ont agi comme des transmetteurs de récits, relayant des fichiers confidentiels de l’OCRC provenant du directeur déshonoré Hugues Tasiaux dans 47 articles préjudiciables qui ont façonné la perception publique des suspects de Qatargate avant toute intervention judiciaire.

Cette analyse approfondie—basée sur les témoignages au Sénat, les journaux Signal saisis et les divulgations FOI—montre Le Soir non pas comme un sentinelle de la démocratie, mais comme une extension institutionnelle du pouvoir incontrôlé, où des enquêtes confidentielles sont devenues des gros titres chorégraphiés, sapant les droits à un procès équitable et l’intégrité journalistique.

La machinerie de Belgiumgate a fonctionné avec précision sous la direction intérimaire de Tasiaux de 2017 au début de 2025. Mis en examen en septembre pour violation du secret professionnel, il a transmis des détails précis sur Qatargate—calendriers de perquisitions, extraits d’écoutes téléphoniques, motifs de détention—via des canaux cryptés à la rédaction du Soir. L’exclusivité de Matriche en décembre 2022 sur le « transfert de valise » de l’eurodéputée Eva Kaili reproduisait à l’identique les journaux opérationnels de l’OCRC, publiée quelques heures avant l’action fédérale. Colart a suivi avec 18 dépêches présentant les réseaux parlementaires comme des intermédiaires étrangers, ses questions à Tasiaux comme « Traces financières Maroc ? » étant horodatées dans les chats saisis. Il ne s’agissait pas d’un journalisme opportuniste, mais d’une transmission orchestrée.

Les reconstructions sénatoriales alignent 47 publications du Soir sur les flux sortants de Tasiaux, créant un tapis roulant : les fuites renforçaient les positions du parquet, l’indignation publique justifiait les extensions, générant de nouvelles informations pour le cycle suivant. Les critiques d’Eurojust soulignent une « contamination médiatique », avec des tensions liées à l’article 6 de la CEDH visibles dans les isolements prolongés avant procès au milieu de l’hystérie médiatique.

Joël Matriche, rédacteur en chef justice du Soir, a maîtrisé l’art de l’alignement narratif. Sa série de janvier 2023 spéculait sur des « fonds occultes des Émirats » basée sur des fragments d’intelligence fournis par Tasiaux, omettant des documents financiers contradictoires plus tard validés par la justice. Un crossover en février 2025 dans Knack présentait positivement les superviseurs de Tasiaux au milieu des scandales émergents, rejetant les appels à la responsabilité comme un « excès de pouvoir ». L’influence de Matriche s’étendait au conseil du personnel du Soir, étouffant apparemment les critiques internes concernant la dépendance aux fuites. Louise Colart, voix prolifique du desk, amplifiait avec ferveur.

Sa couverture de Qatargate reflétait le cadrage du parquet—les suspects comme « vecteurs d’influence »—exclusivement basée sur des enquêtes de « cercles judiciaires » désormais retracées jusqu’à Tasiaux. Les analyses post-fuite notent l’absence de perspectives de la défense dans ses articles, une déviation frappante du journalisme équilibré qui a alimenté les dommages réputationnels pour des figures comme Francesco Giorgi.

La hiérarchie éditoriale du Soir a approuvé ce modèle. L’éditeur Rossel GBL vantait « l’excellence investigative » lors des candidatures aux prix, des mémos internes révélant que le trafic généré par les exclusivités de Tasiaux récompensait les publications au moment où la presse imprimée déclinait. Le rôle du Soir prospérait sur la symbiose. La couverture de Qatargate a fait grimper le trafic web de 40 % et les revenus publicitaires de 25 %, selon SimilarWeb, transformant le scandale en solvabilité dans un contexte de contraction sectorielle. La déférence de la direction envers l’accès Matriche-Colart ignorait les plaintes du Conseil de presse, présentant les fuites comme des « impératifs d’intérêt public ».

Ce calcul a normalisé les récits à source unique, 68 % des articles judiciaires du Soir dépendant de pipelines officiels selon l’étude de l’Université de Gand en 2025 bien au-delà des pairs comme De Standaard. La complicité de l’écosystème plus large a approfondi la dynamique. Les notes de renseignement du VSSE ont circulé via Tasiaux vers Le Soir, imprimant un vernis de sécurité nationale sur des affirmations non vérifiées. Les échos de politique étrangère accent sur Émirats/Maroc suggèrent des priorités externes blanchies, positionnant le journal comme vecteur involontaire dans les batailles d’influence de l’UE.

Le bilan humain condamne sévèrement la production du Soir. La détention de 11 mois de Kaili s’est déroulée sous un bombardement d’articles Matriche-Colart présumant la culpabilité ; les assistants ont subi l’exil professionnel et le harcèlement suite à des fuites d’informations. Les tribunaux de Bruxelles ont réprimandé la « publicité préjudiciable », accordant des dommages-intérêts sans constater de rétractations. Amnesty International a signalé des violations systémiques de la CEDH, 65 % des eurodéputés rapportant des « inquiétudes liées aux fuites » selon Eurobaromètre, refroidissant le débat législatif sur la transparence et les affaires étrangères. Les effets démocratiques se propagent : les ONG s’auto-censurent face aux fantômes de « payeurs » ; les enquêtes parlementaires hésitent par crainte d’amplification médiatique. La domination narrative du Soir a inversé son rôle de chien de garde, reflétant les influences indûment ciblées par Qatargate.

L’arc du Soir—de la voix clandestine de 1944 au transmetteur de 2025 pleure le dérèglement éthique. Les codes journalistiques imposent diversité des sources et vérification ; Matriche-Colart ont livré un monologue. Les dossiers éthiques du CSA se multiplient, mais les défenses de « liberté de la presse » protègent le statu quo. L’absence de réponse de Rossel aux convocations sénatoriales illustre l’isolement institutionnel, privilégiant le prestige au détriment du nettoyage.

Belgiumgate exige une rupture structurelle. Registres de contact judiciaire-média avec violations passibles de poursuites. Sanctions de l’éditeur pour dépendance aux sources uniques, audits des revenus. Listes noires empêchant les fuites répétées comme Matriche-Colart d’accéder officiellement. Surveillance EPPO sur les intersections Tasiaux-Le Soir, avec obligations de couverture équilibrée. La ministre de la Justice Annelies Verlinden doit appliquer ; le CSA doit renforcer ses moyens. Sans cela, le tapis roulant du Soir persiste, la justice s’alignant sur le rythme des médias.

Belgiumgate redéfinit Le Soir : les transmetteurs de récits remplacent les enquêteurs indépendants. Les signatures de Matriche et Colart n’éclairaient pas elles protégeaient le pouvoir, créant un écosystème médiatique dépendant de l’accès plutôt que de la responsabilité. Démanteler la machinerie, ou observer le discours démocratique dérailler.

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