
« Toute réforme de l’organisation devra en priorité replacer le chercheur au “milieu du village” »
Dès 2019, l’Académie nationale de médecine alertait sur la diminution des moyens attribués à la recherche en biologie et en santé. Les avancées scientifiques et la renommée internationale de chercheurs talentueux et de leurs équipes ne pouvaient masquer un recul global des performances de la France dans le domaine de la recherche et de l’innovation en santé et, par contrecoup, dans la formation et l’attractivité de ces métiers.
En vingt ans, la France a reculé de la 5e à la 10e position dans les publications en médecine. Elle est dépassée non seulement par la Chine et l’Inde, mais aussi par des pays comparables au nôtre, l’Italie, le Canada, l’Australie, et bientôt l’Espagne, comme le montrent les récents travaux de la Cour des comptes et une étude indépendante datant de janvier publiée par France Universités. L’absence de réponse thérapeutique ou vaccinale pertinente pendant l’épidémie de Covid-19 en a été une manifestation.
Dans la foulée de ce constat, qui est maintenant partagé par beaucoup, l’Académie a proposé, en 2021, plusieurs scénarios visant à réarmer et à simplifier l’organisation globale de la recherche. Dans le domaine de la santé, elle soulignait, de plus, l’importance d’une intégration renforcée des CHU dans le système universitaire, de façon à favoriser l’indispensable continuité entre recherche fondamentale, recherche clinique et innovation.
Déconnexion de la réalité de terrain
Les acteurs institutionnels, déniant le recul progressif du rang de la France dans la recherche biomédicale ces vingt dernières années, ont tenté de répondre à chaque nouvelle crise en empilant toujours plus de nouvelles structures, agences et administrations. Cette complexification du paysage de la recherche est issue d’officines ou de groupes de travail le plus souvent déconnectés de la réalité du terrain des laboratoires et des services hospitaliers. Elle a pour principal effet d’ajouter du brouillard à un paysage déjà bien opaque.